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samedi 6 mars 2010

La pâtée à James.

Il y a certains jours où il faut du cran pour se mettre au travail, affronter la fatigue, le manque de grâce ou d'évidence, et du cran encore pour aller d'une librairie à l'autre rejoindre un pupitre au milieu de rayons bardés de livres et proposer son roman à des clients ou des badauds qui passent par là et n'ont aucune idée de qui vous êtes ou de ce qui se trame dans votre travail. En même temps je dois avoir une tête sympathique, qui inspire la confiance parce que dans la rue on m'arrête et me choisit fréquemment pour me demander son chemin. Or demander son chemin à quelqu'un qui ne sait pas où il est quand soi-même on n'a pas une nette idée de où l'on va, n'est-ce pas la meilleure façon de choisir un livre ? D'entrer en littérature ? Or depuis que le Pagaille tour me mène de librairie en librairie depuis à peu près un mois - parce que même si c'est difficile parfois de se présenter à un auditoire qui ne vous attend ni ne vous désire, je ne refuse jamais de rencontrer des libraires qui soutiennent mon travail, qui ont mis le livre en coup de cœur dans leurs rayons - je dois dire qu'il y a des rencontres sympathiques et des Pagaille monstre qu'on emporte sous le bras. Et, vous allez voir le niveau de la satisfaction, que dans une après-midi dédicaces 30 ou 50 livres partent, plus généralement une dizaine, cinq à sept au pire pour le moment, toujours je dois dire que je mets la pâtée à James ! James Ellroy. Oui, car parmi les livres qui m'entourent pendant que je propose le mien, trône le dernier roman de James Ellroy, et son score à chaque fois que je me trouve dans les parages avoisine le néant. Bon, il faut dire, pour défendre le grand auteur médiatique américain, qu'à chaque fois que je lui mets la pâtée, il n'est pas physiquement présent dans la librairie. Ou alors présent sous la forme d'une pile de livres bien mise en valeur. Mais aurait-il fait le voyage depuis L.A. est-ce qu'on le reconnaitrait au fin fond des Yvelines, de la Seine et Marne, dans les faubourgs de Cergy-Pontoise ou à Fécamp où je dois me rendre bientôt ? Est-ce que perdu à L.A. vous lui demanderiez votre chemin à James ? Questions qui restent en suspens, et, pendant ce temps, à mon faible niveau et sur le territoire des librairies hexagonales, dans mon petit Pagaille tour, chaque fois que je suis présent, je lui mets la pâtée !

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